Le vol de Tonton du Serpaton à la frontiere Suisse

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  • Ce sujet contient 2 participants et 2 réponses.
3 sujets de 1 à 3 (sur un total de 3)
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  • #1525
    Mathieu
    Membre

    Vas y Tonton, à toi le plaisir d’inaugurer ce nouveau forum !

    #1534
    Jacques
    Membre

    Tonton fait son timide. Sa modestie l’empèche de nous en dire plus. Mais nous on aimerait savoir. Allez Tonton,dis nous y donc.

    #1601
    Mathieu
    Membre

    Voici le récit :

    Histoire d’un vol,
    Le début est un peu chaotique…
    Un vol, en bi, à ski, un piquet, 25Km de vent arrière, l’abnégation… et paf le chien, un genou pété dans tous les sens.
    Après 24 ans de vol libre et 19 ans de bi, c’est la première grosse boite…. Heureusement pas de bobos pour la passagère.
    Puis vient le temps de la reconstruction, d’abord physique :
    La reconstruction, l’opération, les séances de kiné qui n’en finissent pas, le début du retour à la marche, la gamelle en glissant dans le jardin pour aller chercher un bouquin…, le début des emmerdes post-traumatiques et la kiné, la kiné….de tout façon, il n’y a pas le choix, je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier.
    Puis psychologique, celle là, elle est plus complexe… il faut accepter que l’on a pris le risque de trop, puis d’attendre que son corps soit dans le mode ascendant, brûler quelque étapes… s’en mordre les doigts, réfléchir à l’après, au comment, au pourquoi.
    Enfin le premier vol, les potes sont là, le stress à 400% alors que toutes les conditions sont au top, le sentiment de refaire son premier vol…alors que ce doit être le 5895ème… et la magie reprend le dessus. Ma petite voile montagne que j’ai choisi avec soin pour ce retour en l’air, me fait enfin revivre cette sensation magique de voler en toute sécurité.
    Les leçons de vie sont là, ma bête de cross me regarde mais je ne veux pas prendre le risque d’aller trop vite, de ne plus voler pour avoir voulu gagner quelques semaines.
    Je me force à revenir par la petite porte, faire des ploufs, des ploufs encore des ploufs, dans toutes les conditions, dans la neige, vent de travers, etc. Puis, augmenter les durées, revenir en arrière pour valider les retours de sensation, accroitre les sensations de vol, …
    Un matin, on se sent prêt, on ne réfléchit pas, on va juste voler pour se faire du bien, on se refait un petit cross tranquille d’une heure que l’on connait par coeur, on boit une bière avec les potes au bars de l’atterro et on réalise que l’on a pris la bonne voile, celle qui vole, pas celle qui plouf….
    La suite, prendre du rythme en l’air, augmenter les durées, faire un tour à l’école pour continuer à apprendre, voler pendant une sortie club, réfléchir avant, pendant, après les vols, se faire du bien rien que du bien, pas de stress inutile.
    Et un soir, on analyse les conditions météo plus finement que d’habitude, on téléphone à un pote qui veut se faire des bornes, et on dit bêtement à sa femme et à ses enfants que demain on ramène du chocolat….
    Départ.
    Là, ça risque d’en saouler plus d’un…
    Un certain nombre d’entre vous m’ont demandé un récit le plus précis possible pour vous faire part de mon expérience, c’est à vous de voir ou d’aller directement à la fin.
    Direction Gresse en Vercors, passage obligé par « décath » sinon ce ne serait pas drôle…
    Puis l’ascension au déco du Serpaton, là, une trentaine de pilotes ont fait la même analyse et les meilleurs de la CFD sont tous présents.
    Je discute avec Guy, lui voit grand et part « un » plein sud pour agrandir la boucle, moi je pars « trois » plein nord plus modeste quelques minutes plus tard.
    Les conditions de vols sont très petites sur les faces est, le plafond est bas très bas… on ne voit pas le sommet du Serpaton pris dans un joli petit cum, les falaises du Vercors se chargent déjà au bas des gencives, mauvais signe.
    Je décide de partir sur les avant relief des 2 soeurs dès que la première bulle me porte au dessus des crêtes du Serpaton avec une centaine de mètre de gain et me décale en bordure du nuage afin de perdre le minimum d’altitude dans les premières secondes, minutes de transitions.
    Cette stratégie va s’avérer primordiale lors de toutes les phases de transitions majeures.
    Ca commence bien, en une transition je commence par un « mini point bas » sur la petite crête de la Ferrière et je perds mon partenaire qui mettra plus d’une heure à raccrocher les gencives des 2 soeurs… bravo, une belle démonstration de patience et de persévérance qui lui servira plus tard pour d’autres vols.
    En ce qui me concerne, au vu du plafond, et les cum des crêtes du Vercors qui se chargent à vue d’oeil, je transite avec 150m sur l’émetteur au pied des 2 soeurs, reprends sur l’éperon et part plein nord à la limite des arbres et de la fin des pierriers.
    Là, je zérotte mais j’avance, je n’y crois pas une seconde, mais croise des randonneurs qui me motivent… je ne vais quand même pas le poser devant eux la queue entre les jambes !
    Finalement, j’arrive à St Paul de Vars, mais le plafond ne me permet pas de passer au pied de la falaise et je dois faire le tour en passant par le devant du rocher de la bourgeoise…
    J’aperçois une voile au Peuil et me dis qu’au pire… mais bascule sur la forêt de la Savoyère et surprise je ne descends plus ! Trouve une bulle qui me monte aux crêtes, enfin juste en dessous, il ne faut pas rêver….
    Du coup, je pars vers le Moucherotte auquel je ne pensais plus depuis bien longtemps !
    Là, commence le jeu du chat et de la souris, un coup dessous, un coup dessus,…
    Je n’arrive jamais à prendre plus de 50 à 100 m maxi au dessus des crêtes et plus j’attends, plus le mini-plaf est difficile et bas…
    Allez hop, il y en a marre, je n’aurais jamais les 400 à 600m recommandés, alors je me prends la bordure du nuage et me décale avec lui, et là ça marche !! j’ai déjà fait plus de 2km de transition sans perdre 1m, il ne reste plus qu’à « marsouinner » afin d’optimiser l’arrivée sur la Bastille en prenant soin de contourner la ZIT du CEA .
    J’arrive avec plus de 300m sur la bastille et remonte assez facilement sur le mont Rachais mais je vais perdre plus de 45mn pour raccrocher le St Eynard ! 20mn sous la falaise du bas, suivi de re-20 mn pour passer au niveau de la crête !
    Je la suis avec 50m de gaz jusqu’à la combe du Manival, mais je n’arrive pas à passer au dessus du bec Charvet pour viser la dent comme d’habitude, finalement je passe par devant et me retrouve au pied des gencives, ça passe pas et je bascule dernière l’éperon et retrouve un p’tit zéro que je garde
    précieusement jusqu’à la station des petites roches , trouve une ascendance assez petite mais qui me remonte à mi-falaise et finalement juste à 50m des crêtes de Bellefond.
    Là , je me mets en attente et joker ! les 2 cum s’ouvrent et l’ascendance monte tout doucement dans le bleu et me catapulte 300m au dessus de crêtes sur la face ouest des nuages, halo de brohën, l’ombre sur le nuage… le pied !! Suivi d’un partie de surf sur la bordure des cum des quelques kilomètres de la crête de l’alpette et…
    Badaboum….
    En arrivant au passage de Laup du Seuil, je me fais enterrer et rebascule sur les faces Est….et M. de M. !!
    Bon on y retourne, la forêt, le pied de la falaise, le p’tit zéro qui va pas si mal… et roule ma poule et prends « tout ski monte » !
    Et ça jusqu’au st Marie du Mont…. Et attente, ça ne passe plus…
    Du zéro qui déclenche tout doux, on s’applique, on lâche pas l’affaire, et bingo les cum s’ouvrent de nouveau et enfin au dessus des crêtes et à l’ouest des cum !
    Yes ! et pas deux fois la même connerie… cette fois ci tout droit face ouest du Granier, en passant par le col de l’Alpette…
    A refaire, je passerai par les faces ouest du Pinet car la dégueulante pour aller au col de Alpette… c’est passé… mais à 30m sol… alors que par devant c’était cadeau !
    La bascule des faces est, aux faces ouest c’est toujours un moment où il faut assumer ses choix.
    Je ne sais toujours pas ce qui ce serait passé si j’étais resté face ouest à l’Alpette.
    Donc, je suis face ouest, enfin bien installé, je m’appuis sur le Granier, monte sur la bordure du nuage, face ouest, et je me refais le « coup du tonton » : la base du nuage est environ 50m en dessous du Granier, je prends 100 à 150m en bordure du Cum, le contourne par l’ouest passe au nord et je suis toujours à la même alti….héhéhé…. sauf que je suis en transit pour Challes les eaux depuis déjà 3 ou 4 mn…
    Là, on lâche tout, on décontracte les épaules qui commencent à se faire connaitre, boire, manger vraiment… car au dessus de Grenoble je n’avais pas assez pris mon temps pour me refaire une santé… et j’ai du « le faire vite fait » pendant la partie Chartreuse…pas toujours facile de rester concentré, de boire et d’enrouler le thermique et même temps !
    La transition est juste énorme.
    Je me suis toujours planté quand j’ai voulu rentrer dans les Bauges jusqu’à maintenant et le reste du vol m’est complètement inconnu jusqu’au Roc des Boeufs.
    Je suis parti super bas du Granier, et je vise le mont Levin, à droite de Challes une petite pompe à couillons de planeurs…. (Et moi qui visais toujours 1km à droite !!)
    J’arrive juste à la limite des vignes et de la forêt avec 30m de gaz, mais avec 3 planeurs qui me disent « VIENT nous VOIR espèce d’abruti de MOU » !!!!
    En 3mn je suis à la crête du Levin puis « tout droit dans les bauges » !
    En passant par le Mongelas, la pointe de Galoppaz, le mont Nau, c’est un enchainement de petites buttes qui se suivent assez bien et qui débouchent sur la transition assez facile vers le Colombier…
    Sans parabole, pas de transition et pas de réception…. Devise à méditer en transition !
    Puis transition sur le mont Julioz, on commence à se croire invincible et….. et M. !!!!
    Surtout pas !!! il faut prendre la 1ere crête : celle du mont Chabert !
    Je suis bon pour faire le tour de la crête du Chabert pour arriver à l’ouest de celui-ci…
    Et là, le point bas qui tue…. Je suis les pieds dans les arbres…
    De la forêt de partout, le relief qui s’aplatit de plus en plus, la fatigue qui commence à se faire sentir,…
    Tant que tu voles, t’es pas mort !
    Je m’en sors en 20 mn de bataille avec du tout petit de rien du tout, en ayant nettoyé tous les arbres du coin de leurs toiles d’araignées….
    Et je ne croyais pas si bien dire, en arrivant au roc des boeufs, lors d’un coup d’oeil sur mon super jouet pour lui dire merci, je réalise que mon cône de suspentage complètement recouvert des toiles qui trainent sur 5 à 10m dernière toutes les suspentes, le tout scintillant dans la lumière qui commence à descendre, c’était magnifique…
    Je suis la crête du roc des boeufs qui est coiffée par un gros cum.
    La base est assez noire et ne me plait pas du tout, alors je décide de refaire le « coup du tonton »…
    Ca a marché déjà 3 fois, pourquoi pas 4 ! Et ça continue nickel, je me fais le tour par l’ouest du nuage puis le nord, et me voila 200m au dessus du roc de boeuf mais déjà au dessus du lac !
    Je vise les dents de Lanfon et trouve une jolie ascendance au niveau de la crête qui monte aux dents et catapulte ! C’est direct aux dents avec 300m de gaz et ma première fermeture asymétrique du vol…
    La fatigue sans doute.
    Deux petits tours dans la bulles avec les locaux et là, c’est la cata….
    Je me rends compte que j’ai oublié un truc…
    Ma carte d’identité est restée à la maison, je n’ai que ma CB, peu de liquide et mon portable….
    Et merde je ne vais pas pouvoir aller en Suisse… trop con le gars !!…
    Qu’est ce que je fais ??
    On continue plein nord avec la quasi certitude d’arriver en Suisse sans raisonnablement pouvoir passer la frontière ?? Ou on fait demi-tour ?
    J’avoue que c’est la première fois de ma vie que je me pose une question pareille en plein vol….. !!!
    Je pèse le pour et le contre et décide de filer plein nord et de me poser quelque part vers Annemasse, on verra bien… je suis assez dépité.
    Enfin, on ne va pas faire le difficile, je pars en direction la crête de Turpin.
    Sans parabole, pas de transition etc.
    En fait, la fin de vol est assez simple, c’est un enchainement de petites transitions et de petites crêtes qui vont à de petits sommets tous orientés ouest : Le grand montoir, la montagne Sous Dine, la pointe de la Dent, la pointe d’Andey.
    De là, je pars en transition sur Bonneville, ne perd quasiment pas un mètre… alors je vise Annemasse, passe l’autoroute histoire de me dire que la transition sur la Suisse été faite… je n’ai jamais été aussi haut de tout le vol : une ascendance hyper large s’est déclenchée, ca ressemble à de la restitution mais je ne pense pas que ce soit ça… quoi que…
    Je regarde les avions décoller de l’aéroport de Genève, c’est un moment magique, j’ai tout lâché, je profite du moment présent, fini de boire ma réserve d’eau (1,5 litre), de manger mes dernières barres de céréales (une bonne dizaine !), fais un petit tour au dessus de l’échangeur de l’autoroute blanche et de A41 (après Arenthon) et décide de ne pas rentrer dans la TMA de Genève que je ne connais pas bien… car je n’avais pas préparé la lecture des cartes aéronautiques aussi loin… (à ce chocolat….)
    De là haut, je repère l’entrée de l’autoroute A41 à la Roche sur Foron et localise un super terrain juste à coté, il est temps de penser au retour…
    Ça fait plus de 7 heures que je suis en l’air, je me dis que le retour vers la civilisation ne va pas être triste, et que la probabilité de finir à l’hôtel est assez forte…
    Et puis, plus rien….
    Juste le bruit du vent relatif dans les suspentes, le pied intégral.
    Je pense à ma femme qui supporte mes péripéties d’oiseau depuis si longtemps, à mes enfants avec qui j’essaye de faire partager ma passion, à mes potes qui supportent mes histoires de vol à chaque fois que je les vois, à ma famille qui ne comprend pas toujours l’adéquation risque calculé versus bonheur prolongé, etc.
    Et …..
    Et M…… !!!!!!!
    Je me réveille à 30-40m sol au dessus de la voie ferrée de la roche, au beau milieu d’un lotissement avec maisons, piscines… de partout et mon beau terrain de 1ha juste devant moi mais inaccessible !
    Mais, c’est pas vrai !
    Je ne vais pas me mettre une boite maintenant !!! Concentre-toi garçon !
    Je suis à moins 1,5-2m/s, il me reste 10s de vol maxi et me pose dans un petit carré de 10 par 10 entre le garage, la maison, le sèche-linge, oups la maison du voisin… (Merci les vols et ski…)
    Là, je suis accueilli comme le messie !
    Les proprios qui me suivaient depuis 20mn, sont super sympas, il faut que je leurs explique au moins 3 fois d’où je viens… ils n’en reviennent pas et moi non plus !
    Et la cerise sur le gâteau, me laisse squatter leurs WC car je n’ai pas osé utiliser leurs haies !
    A près une bonne bière et un bon litre de flotte, me font la rot jusqu’à l’autoroute, avec le petit carton de bière estampillé « Grenoble parapentiste ! »
    La chance allant souvent jusqu’au bout, en 2 coups de stop, 1 coup de tram et 1 petit coup de train, j’arrive à 23h à la maison !
    Bilan:
    – Attention au soleil, je me suis fait une petite conjonctivite sur l’oeil gauche qui a pris le soleil pendant tout le vol (je me suis mis à pleurer vers le lac d’Annecy, je me suis protégé pendant la fin du vol… pas toujours facile…)
    – Début de mal de tête à la fin du vol, ce qui montre que je n’ai pas assez bu… certainement pendant la première partie du vol
    – Altitude maxi 2117m, je n’en reviens toujours pas d’avoir faire un vol pareil avec des plaf aussi bas
    – Il faut lire les cartes aéronautiques, même bien au delà de ce que l’on pense !
    – +5m/s à -4,6m/s rien de méchant
    – 7h14 de vol
    – 163 km
    – Et rester concentré jusqu’au bout ! même si la fatigue est là et que l’on vit l’instant…
    Dommage collatéral :
    Une balise Argos avec option traking…
    Le soulagement de ma moitié lorsqu’elle m’a eu au téléphone à la fin de mon vol (j’étais pourtant encore dans ma sellette) était très très très perceptible…
    Surtout après le coup de fil, 2 heures plus tôt, du pote qui vous cherche depuis des heures et se demande bien où vous êtes!
    A la réflexion, ce petit bout d’électronique est bien peu de chose comparé au plaisir de notre activité d’égoïste.
    Mais surtout, une belle tranche de vie que je vous souhaite de vivre vous aussi !
    Tonton

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